jeudi 15 juin 2017

Ironman de Lanzarote 2017: burn in hell


Le 20 mai 2017, j'ai participé pour la deuxième fois de ma carrière à l'ironman de Lanzarote. En 1996, c'était mon tout premier ironman et j'avais franchi la ligne d'arrivée après 11h14' d'effort. Ce fût une expérience traumatisante: dès le km60 à vélo, j'avais commencé à avoir une baisse de régime et ce fût de pire en pire. Après le km21 de course à pied, n'ayant plus réussi à m'alimenter depuis de nombreux kilomètres, j'avais commencé à marcher, en abandonnant tout espoir de faire une bonne performance.
J'étais tellement déçu de cette expérience, que j'ai attendu 10 ans avant de prendre le départ de mon deuxième ironman, en 2006, au Brésil. En tout, j'ai terminé 7 ironman, mais sans jamais réussir une performance satisfaisante, correspondant à mon niveau sur distance olympique.
Cette année, je me suis entraîné plus que jamais. Mes performances à l'entraînement étaient meilleures que lors de mes précédentes saisons. J'étais en forme le jour J et super motivé pour faire enfin la performance que j'attendais, une performance me permettant de me qualifier pour l'ironman de Hawaii.

La natation

L'ironman de Lanzarote est l'un des derniers ironman à proposer un mass-start. Nous étions donc 1600 athlètes à nous élancer dans l'océan Atlantique depuis la plage de Puerto Del Carmen. Les pros partent en première ligne, puis les AWA (All World Athlete = athlètes bien classés en 2016) et finalement tous les autres triathlètes. La ligne de départ est très étroite. Je réussis toutefois à bien me faufiler entre les autres nageurs sans prendre de coup... jusqu'à la 2e bouée, au km1, où un nageur décide de nager en brasse et me donne un violent coup de pied dans le mollet. La douleur est intense, mais bon, on a pas vraiment besoin des jambes pour nager, je continue donc comme si rien ne s'était passé. Le reste de la natation se passe très bien.
L'endroit où l'on nage est parfait. L'eau est claire et l'on peut admirer les poissons, dont de nombreuses soles. Je sors en 56 minutes (4e de ma catégorie), ce qui est une performance moyenne pour moi, mais l'objectif était de faire moins d'une heure sans me fatiguer. L'objectif est donc atteint.

Le vélo

Après une transition bien gérée, je monte sur mon vélo pour attaquer les 180km d'un parcours considéré comme le plus dur du circuit ironman, à la fois à cause des 2500m de dénivelé et du vent qui souffle toujours sur cette île volcanique. L'objectif était de ne pas trop forcer afin de rester frais pour la marathon. Je devais rester entre 250 et 300 watt, mais, dans cette zone de travail,  j'avais l'impression de ne pas avancer et ai donc roulé un peu plus fort la plupart du temps. Au fur et à mesure que la journée avance, la température augmente et me fait souffrir. Je fais un vélo légèrement plus lent que prévu, mais rien de dramatique, car je ne me sens pas vraiment fatigué. Je me suis fais plaisir sur ce parcours exceptionnel, au milieu des champs de lave. Cela vaut la peine d'aller rouler au moins une fois dans sa vie sur cette île.

La course à pied

En descendant du vélo, je remarque que mes pieds sont pleins de sable, suite à la course sur la plage d'après la natation. Je perds donc beaucoup de temps à me nettoyer les pieds avant d'enfiler mes chaussettes, mais rien de dramatique, la course est encore longue. Je démarre les 42 km à une allure modeste, afin d'habituer mes muscles au changement de sport. Je me sens bien, mais rien d'exceptionnel. J'avais l'habitude de me sentir beaucoup mieux à l'entraînement. Il fait très chaud et il n'y pas du tout d'ombre. Les 6 premiers kilomètres se passent plutôt bien. J'essaie de m'hydrater le mieux possible. je me mouille beaucoup, afin de mieux supporter la chaleur. Toutefois, au bout de 10 kilomètres, je commence à avoir des nausées et suis contraint de boire moins. La logique veux que s'il l'on transpire beaucoup sans boire, on finit par se déshydrater et c'est ce qui commençait à arriver. J'ai de moins en moins de force dans les jambes, la tête qui tourne, la vision qui devient trouble. Je vois d'épaisses couches de sel qui recouvrent ma trifonction. Je commence à avoir peur de mettre ma santé en danger. Après un petit calcul, je réalise que je ne peux plus me qualifier pour Hawaii. Je commence à marcher en espérant que cela m'aide à mieux supporter la chaleur. Mais comme je n'arrive plus du tout à boire, la situation devient désespérée, voire dangereuse. Je m'arrête au km21 et une ambulance vient me chercher pour m'amener à la tente médicale. Après quelques soins médicaux adaptés, je commence à me sentir mieux et peux rejoindre mon hôtel, très déçu d'avoir abandonné, mais soulagé d'être sain et sauf.

Faut-il absolument chercher à franchir la ligne d'arrivée lorsque l'on participe à un ironman?

Chez la majorité des triathlètes, franchir la ligne d'arrivée est l'objectif principal, lorsqu'ils prennent le départ d'un ironman. Ce fût aussi mon objectif lors de mon premier ironman. Toutefois, maintenant, j'ai d'autres motivations lorsque je participe à un ironman: je veux réaliser une bonne performance et me qualifier pour Hawaii. Tout cela sans compromettre ma santé et la suite de ma saison. Mon objectif numéro 1 en 2017 est le championnat du Monde de distance olympique, en septembre, à Rotterdam. Avoir poussé mon corps jusqu'au km21 du marathon, a déjà nécessité près d'un mois de récupération. Si j'avais absolument tout donné pour franchir la ligne d'arrivée, ce temps de récupération aurait été fortement augmenté, avec des risques de séquelles. Je suis donc convaincu d'avoir fait le bon choix, mais ai beaucoup de respect pour ceux qui vont au-delà de leurs limites.

Conclusion

Cet ironman fût une expérience très frustrante, car je n'ai pas l'impression d'avoir fait de grosses erreurs. Je sens juste que mon corps ne supporte pas la chaleur. Je n'abandonne toutefois pas mon rêve de me qualifier pour Hawaii. Je n'ai pas encore décidé quel sera mon prochain ironman. Il est probable que je fasse mon prochain ironman en forçant moins, sans objectif de performance, uniquement pour me donner confiance dans mes capacités à maitriser cette distance. Dans l'idéal, il faudra que ce soit dans un endroit où les températures sont raisonnables... J'en ai marre d'avoir l'impression de brûler en enfer à chaque ironman.

4 commentaires :

  1. Merci pour cet article. Un Ironman n'est pas une course facile, même pour les costauds comme, et c'est bien de le rappeler. J'ai le même objectif que toi cette année. Je tenterai ma chance à Barcelone. Au FrenchMan j'ai souffert de la chaleur ce qui a grandement diminuer ma vitesse et perturber mon estomac. Pas facile de ce qualifier. Bon courage pour la suite.

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    1. Merci. Bonne préparation et bonne chance pour Barcelone.

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  2. Salut Christophe ! Je n'ai jamais couru d'IronMan mais je sais ce que c'est d'écrire un compte-rendu après une course !!! ah ah. Et je sais à quel point il faut du courage et de l'énergie pour ça ! :-) Alors un GRAND BRAVO !!!!!

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