samedi 24 décembre 2016

Récit de mes entraînements de triathlon les plus épiques


En 2017, je commencerai ma 30e saison de triathlon. Cela correspond à environs 15'000km de natation, 200'000km de vélo et 50'000km de course à pied. Durant, tous ces entraînements, j'ai eu l'occasion de vivre des expériences très diverses, dont certaines resteront gravées dans ma mémoire. Voici le récit de 6 de mes entraînements les plus épiques :

Rien n'arrête un sportif motivé

Mars 1990, Lac Léman, Suisse
A cette époque, j'avais 19 ans et je commençais à réaliser de bons résultats au niveau national. J'étais super motivé et je m'étais planifié un tour du lac Léman à vélo, soit 170km d'un parcours assez plat. Arrivé à Vevey (mi-parcours), je constate qu'il y a un terrible orage sur l'autre rive du lac. Je décide donc de modifier mon parcours et rester du côté suisse du lac Léman, en ajoutant une bosse au programme. Je commence une montée de 10km et rapidement les routes se retrouvent bordées de neige, puis la neige recouvre une bonne partie de la chaussée. Je peux rouler en sécurité en restant dans les traces des voitures. Toutefois, comme les températures sont positives et qu'il y a du soleil, la neige fond très vite et beaucoup d'eau coule sur la route. Je me retrouve complètement détrempé au sommet de la bosse. Après la montée, la descente. L'effet de la vitesse et des habits mouillés est terrible sur la température ressentie. Le froid pénètre mon corps jusqu'aux os. Je tremble comme une feuille et arrive à peine à tenir mon guidon. Freiner et changer les vitesses est encore plus difficile. Il me reste plus de 60km à parcourir jusqu'à chez moi, la journée va être très longue... Je n'en peux plus, je suis à bout de force et décide de m'arrêter dans un café pour me réchauffer un peu. Je commande un thé chaud et vais essorer au maximum mes habits dans les toilettes. Lorsque je me sens mieux, je remonte sur mon vélo, fais le vide dans ma tête et termine mon entraînement en mode survie. Il me faudra plusieurs jours pour bien récupérer de cet entraînement de 200km dans le froid, mais je pense avoir franchi un cap, au niveau de la force mentale, grâce à cette séance d'entraînement.

Ne pas sous-estimer la puissance de l'eau

Décembre 1992, Surfer Paradise, Queensland, Australia
J'étais en stage d'entraînement en Australie, pour bien préparer ma saison de triathlon et régulièrement, j'allais nager dans l'océan afin d'apprendre à nager dans les vagues. D'habitude, je restais dans les petites vagues près du bord, là où les jeunes australiens apprennent à surfer. A cet endroit les vagues font un peu plus d'un mètre de eau et il y a de quoi bien s'amuser en se faisant emporter jusqu'au bord par les rouleaux. Toutefois, les meilleurs surfeurs restaient beaucoup plus loin au large, là où les vagues ont de plus de 3 mètres de haut et se transforment une première fois en rouleaux. Cela semblait « fun » et je décidai d'aller essayer... En pleine confiance et tout excité de tenter une nouvelle expérience, je nage au large, en direction des grandes vagues. Je regarde régulièrement vers l'avant pour voir où sont les vagues et me préparer à les affronter. Toutefois, je fais une erreur d'estimation de la vitesse du courant et me retrouve beaucoup plus tôt que prévu dans les vagues. Je lève les yeux et vois un énorme mur d'eau devant moi. Tout va extrêmement vite, je n'ai pas le temps de réagir, de me retourner pour surfer la vague ou de plonger pour l'éviter. Une énorme masse d'eau s'effondre sur moi en tournant. La force de l'élément liquide est gigantesque, je me sens comme un patin désarticulé, je ne trouve aucun moyen de réagir, je ne sais même plus différencier le fond de l'océan de sa surface, les secondes sont interminables, je commence à manquer d'oxygène, finalement tout se calme et je peux remonter à la surface pour respirer. Une inspiration et Bam!, la prochaine vague est déjà là et je me retrouve emporté une deuxième fois au fond de l'océan. Cette fois, je pense que c'est ma fin, que je ne survivrai pas à cette expérience, je donne toute mon énergie pour résister le plus longtemps possible et finalement réussi à sortir à nouveau la tête de l'eau pour respirer. Je donne mes dernières forces pour m'éloigner de la zone dangereuse et rejoins la plage à bout de force. Je m'endors un moment sur le sable, puis retourne en ville pour manger quelque chose. C'est déjà l'heure de se préparer pour sortir le soir. Let's party !

Longue sortie vélo dans les forêts d'eucalyptus

Avril 1993, Perth, Western Australia, Australie
Durant le même stage d'entraînement, mais de l'autre côté de l'Australie, j'avais planifié une longue sortie vélo sur un parcours que je ne connaissais pas encore. Au programme, 160km dans l'arrière-pays de Perth, dans une zone d'élevage, de vergers et de forêts d'eucalyptus. Tout commence bien. Il fait très chaud et je roule sur des longues routes toutes droites, tantôt au milieu des eucalyptus, tantôt le long d'énormes enclos où sont élevés des émeus. En principe, je m'arrête régulièrement dans des stations services pour remplir mon bidon d'eau, mais là, cela fait longtemps que je n'ai pas vu la moindre habitation et mon bidon est vide, je suis à sec. J'ai de plus en plus soif et cela devient urgent de trouver de l'eau pour éviter une forte déshydratation. 10km passent et toujours aucune habitation. 10km de plus et enfin de vois une ferme. Je m'approche, entre dans la propriété et me retrouve nez à nez avec 2 énormes chiens de garde. Les chiens ne sont pas attachés et viennent dans ma direction en aboyant de façon menaçante. Il parait que « chien qui aboie ne mord pas » mais je n'avais que très peu l'envie de vérifier si ce proverbe est vrai ou non. Je ressors donc de la propriété et continue ma route. Quelques kilomètres plus loin, je vois une autre ferme. Cette fois, je repère un homme qui travaille dans un jardin potager. Je lui explique mon problème et il accepte d'aller remplir mon bidon. Pendant que j'attends son retour, je ressens une foudroyante douleur au pied. Je baisse mon regard et remarque directement un énorme insecte rouge et noir, qui me mord avec ses mandibules et m'injecte du venin avec son abdomen. L'insecte à la forme d'une fourmi géante, mais les couleurs d'une veuve noir « red back spider » (araignée dont la piqûre peut être mortelle). Je conclu que c'est une fourmi et que je ne suis pas en danger. Je continue donc mon entraînement comme si de rien était. Toutefois, le doute s'installe dans ma tête lorsque ma jambe commence à gonfler jusqu'au genou et qu'il m'est de plus en plus pénible de pédaler. Une ou deux heures plus tard, la douleur diminue et ma jambe se dégonfle. Je termine mon entraînement en pleine forme. Finalement, je me renseigne et j'apprends que j'ai été piqué par une fourmi bouledogue, animal très agressif, mais sans danger pour l'homme.

Du paradis à l'enfer

Octobre 2002, île de Mahé, Seychelles
Alors que j'étais en vacances aux Seychelles, je décide de rester en forme en faisant quelques séances de course à pied. Il fait très chaud et humide, je planifie donc une première séance d'entraînement de 30 minutes au lever du soleil. Après 15 minutes de course dans la forêt tropical et au bord de l'océan indien, je me sens en pleine forme et décide de courir un peu plus que prévu. Je continue de courir pendant 15 minutes avant de faire demi-tour. Pendant ce temps, le soleil était monté dans le ciel et la chaleur devenait étouffante. Je commence à avoir très soif, mais ne trouve aucun point d'eau potable pour m'hydrater. Ma tête commence à tourner, je suffoque, je n'en peu plus. Pourtant, je suis encore très éloigné de mon hôtel et il me faut trouver une solution pour rentrer sans m'effondrer au bord de la route. Je décide de faire de petites pauses sous chaque arbre pour récupérer un minimum, grâce à l'ombre. Après une heure et demi, j'arrive enfin à mon hôtel. Le paradis des Seychelles s'était transformé en enfer. Je bois 2 litres d'eau en 30 minutes et reste devant la climatisation durant près d'une heure. Je garderai des maux de tête durant tout le reste de la journée.

Un cycliste peut-il manger de l'herbe ?

Janvier 2012, Genève, Suisse
C'était ma première longue sortie vélo de ma préparation 2012. Mon organisme n'était pas encore capable d'utiliser ses propres graisses de façon optimale. J'avais donc pris quelques barres énergétiques pour tenir toute la séance. Après 120km, il ne me reste plus qu'une barre énergétique et 40km de route à parcourir. Je commence à avoir très faim et mes forces diminuent rapidement. Je ralenti pour économiser mon carburant. Mais cela ne suffit pas, à 15km de chez moi je suis complètement à sec et transit de froid. Je m'arrête au bord de la route, je m'assois contre un mur à l'abri du vent, mange ma dernière barre et m'endors. Lorsque je me réveille, j'ai retrouvé un peu d'énergie, mais j'ai toujours autant froid. Je me remet en selle et avance péniblement contre le vent. Toutefois, mon énergie retrouvée se consume très rapidement. Je n'ai qu'une idée en tête : MANGER. J'imagine des solutions. Je fais le raisonnement mathématique suivant : l'homme mange des vaches et les vaches mange de l'herbe, l'homme devrait donc pouvoir manger de l'herbe. L'herbe devient de plus en plus appétissante, j'hésite à m'arrêter au bord de la route et à brouter quelques touffes d'herbe. Heureusement, j'arrive enfin chez moi. Je suis tellement frigorifié et à bout de force que mes clés glissent entre mes doigts et tombent dans la cage de l’ascenseur. M...e, je ne peux plus rentrer chez moi, je n'ai ni argent, ni de téléphone, que vais-je faire ? Par chance, la concierge de l'immeuble est chez elle et possède la clé de l’ascenseur. Je peux récupérer mes clés, rentrer chez moi, vider le réfrigérateur et prendre un bon bain chaud.

Traversée des alpes de Suisse centrale à vélo

Juin 2015, Alpes, Suisse
Je rêvais de ce moment depuis mon adolescence : gravir les cols les plus mythiques de Suisse. Avec mon fils ainé, nous avons embarqué avec nos vélo dans le train à destination de Brigue. A partir de Brigue, nous avons commencé à rouler, en direction des cols du Grimsel et de la Furka. La météo prévoyait un temps frais, mais sec. J'avais emporter beaucoup d'habits dans un sac à dos en prévision des 40km de descente prévu au programme, mais longtemps avant le point culminant du parcours, nous avions utilisé tous les habits disponibles et continuions d'avoir froid. Seule solution : acheter plus d'habits. Nous avons donc acheté des laines polaires dans le dernier village avant l'ascension principale. Au pied des cols, mon fils commence à gravir le col du Grimsel pendant que je fais la Furka, redescend et le rejoins dans un restaurant au sommet du Grimzel. A propos du temps sec, les météorologues s'étaient trompés, mais pas pour le temps frais. Au sommet du Grimzel, il fait 1°C et de petits flocons tombent du ciel. Nous sommes déjà congelé et nous devons entamer une descente de 40km. En bas de la descente, nous n'avons presque plus de force pour rejoindre la gare de Interlaken. Nous y arrivons finalement à la tombée de la nuit. Sur le trajet du retour, nous dormons presque tout le temps.

Conclusion

What doesn't kill you make you stronger. 30 ans d'entraînement, toujours autant de plaisir et des souvenirs plein la tête. Le triathlon est un sport dur, mais tellement varié et passionnant. On ne s'ennuie jamais.

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